Sept parfums, sept regards sur l’Art
Il y a des œuvres d'art qui semblent presque dégager une odeur, tant leur atmosphère est précise : la lumière d'un jardin, le grain d'un tissu, l'opulence d'un intérieur. Nous avons voulu jouer à cet exercice : associer, tableau par tableau, chacun de nos sept parfums à une œuvre qui en partage l'esprit, note par note.
Avant de continuer votre lecture, faites l’exercice à votre façon.
Prenez les ces sept noms d’Eaux de Parfum, un par un, et laissez-les résonner sans chercher à les analyser : Pompeia, Rêve d’Or, À la Reine des Fleurs, Héliotrope Blanc, Eau des Princes, Cuir de Russie, Un Parfum d’Aventure. Pour chacun, fermez les yeux un instant.
Quelle couleur domine ? Quelle saison, quelle heure du jour ?Un jardin baigné de lumière tôt le matin, un portrait au regard sévère dans la pénombre d’un cabinet, une jungle si dense qu’elle semble respirer, un ciel qui s’embrase juste avant l’orage ?
Il n’y a pas de bonne réponse à trouver, seulement la vôtre : c’est justement tout l’intérêt d’un nom, il ouvre une porte différente selon qui la franchit. Prenez le temps d’imaginer votre propre tableau pour chacun de ces sept parfums, aussi fugace ou précis soit-il, avant de découvrir, juste en dessous, les œuvres que nous y avons associées de notre côté. Un exercice d’imagination, pas une leçon d’histoire de l’art, à l’exception de deux créations dont l’inspiration artistique est bien réelle.
Cités disparues, rêves dorés
Pompeia est née d’une véritable inspiration artistique et archéologique : les fouilles de Pompéi, à la fin du XIXᵉ siècle, ont mis au jour des fresques et des décors qui ont fasciné toute l’Europe, Jacques Rouché et le chimiste Georges Darzens y compris.
L’œuvre la plus célèbre à émerger de ces fouilles reste sans doute la grande frise de la Villa des Mystères, une fresque monumentale courant sur trois murs, mettant en scène vingt-neuf personnages grandeur nature dans ce qui semble être un rite initiatique dionysiaque, peinte dans ce rouge si particulier qu’on appelle aujourd’hui le « rouge pompéien ». Elle est toujours visible in situ, à quelques pas des ruines de la ville.
Plusieurs œuvres peuvent représenter Pompeia, chacune à sa manière. La grande frise de la Villa des Mystères, d’abord, avec son rouge profond et son fond ambré, évoque directement l’ambre, le patchouli et l’osmanthus qui composent le fond du parfum, cette même densité chaude qui reste après que la fraîcheur initiale s’est dissipée. Le peintre britannique Lawrence Alma-Tadema, fasciné lui aussi par ces mêmes fouilles depuis son voyage en Italie en 1863, offre une autre facette possible : il a consacré une grande partie de son œuvre à reconstituer la vie quotidienne pompéienne, notamment dans A Favourite Custom (1909), qui représente une scène de bain dans les thermes de Pompéi. On y trouve une lumière dorée, des marbres clairs, une atmosphère presque comestible de pêche et d’agrumes mûrs, comme la note de tête du parfum, mandarine et pêche. Le jasmin et le safran du cœur, eux, se retrouvent dans cette ambiance dorée et légèrement épicée qui baigne toute la scène. Aucune de ces œuvres n’a inspiré directement notre parfum, mais chacune, à sa façon, capture la même fascination archéologique, la même lumière et la même sensualité tranquille que Pompeia cherche à restituer, note après note.
Au XIXᵉ siècle, un courant pictural entier s’est pris de fascination pour un Orient largement fantasmé : palais dorés, tissus précieux, lumières chaudes. C’est ce même climat culturel, plus qu’une œuvre précise, qui a nourri la création de Rêve d’Or en 1889. Une toile emblématique de ce mouvement capture bien cette ambiance : La Grande Odalisque (1814) de Jean-Auguste-Dominique Ingres, connue pour son intérieur somptueux et ses teintes dorées, qui rappellent la densité du musc, du cèdre et de l’ambre en fond de la composition.
Mais si l’on cherche une œuvre qui incarne plus littéralement l’idée d’un rêve doré et sensuel, deux tableaux s’imposent naturellement, chacun pour une raison précise. Le Baiser (1907-1908) de Gustav Klimt, avec ses amants enlacés sur un fond de feuilles d’or, est sans doute l’image la plus directement associable au nom même de Rêve d’Or : l’or omniprésent de la toile fait écho aux aldéhydes scintillants de la note de tête, cette étincelle presque métallique qui ouvre le parfum avant que le poivre rose et l’orange ne viennent la réchauffer. Le Rêve (1910) du Douanier Rousseau, qui représente une femme alanguie au cœur d’une jungle luxuriante et onirique, porte quant à lui ce même mélange de sensualité tranquille et d’évasion totale que l’on retrouve dans le cœur du parfum, entre framboise, rose et safran, cette touche fruitée et florale nichée au milieu d’une composition autrement très dense. Aucune de ces œuvres n’a de lien documenté avec la création du parfum, mais elles illustrent chacune, à leur manière, l’exubérance tranquille de ce sillage.
Douceur et légèreté
Ici, l’exercice devient plus librement imaginatif. À la Reine des Fleurs est né en 1774, à quelques années à peine de L’Escarpolette (1767) de Jean-Honoré Fragonard, cette scène de jardin aristocratique devenue l’un des symboles picturaux du siècle des Lumières. L’anecdote qui entoure ce tableau est presque aussi célèbre que l’œuvre elle-même : commandé par un baron désireux d’être peint en train d’admirer sa jeune maîtresse sur une balançoire pendant qu’un évêque, dans l’ombre, actionne la corde sans se douter de rien, le tableau incarne à merveille cette légèreté un peu coquine et sans conséquence propre au règne de Louis XVI, la même époque exacte que celle où la maison ouvre sa première boutique à Paris. Le choix de cette toile n’est pas seulement une question d’époque : le feuillage vert tendre et les massifs de fleurs qui encadrent la scène évoquent directement la verveine et la fleur d’oranger de la note de tête, tandis que le jardin plus sauvage à l’arrière-plan, avec ses herbes hautes et ses buissons denses, rappelle la lavande, le romarin et le thym du cœur. C’est exactement l’esprit de ce parfum : la verveine et la fleur d’oranger comme on respirerait l’air d’un jardin de Versailles, sans jamais se prendre trop au sérieux.
Ce même registre de douceur se retrouve, plus d’un siècle plus tard et sous le pinceau impressionniste, dans Le Déjeuner des canotiers (1881) de Pierre-Auguste Renoir. La scène n’a rien d’imaginaire : elle se déroule sur la terrasse du restaurant Fournaise, à Chatou, un lieu bien réel où Renoir avait ses habitudes, et les visages qui peuplent la toile sont ceux de ses propres amis, parmi lesquels Aline Charigot, la jeune femme jouant avec un petit chien au premier plan, qui deviendra plus tard l’épouse du peintre. Le choix se justifie ici par la chaleur dorée de la lumière, qui rappelle la fève tonka et la vanille du fond d’Héliotrope Blanc, et par le bouquet de fleurs et les fruits posés sur la table, un rappel direct du jasmin et de l’ylang-ylang qui ouvrent le parfum. Rien de spectaculaire ne s’y joue, seulement la douceur d’un instant qu’on devine vouloir faire durer, entre amis, un dimanche après-midi. C’est l’une des toiles les plus célèbres de l’impressionnisme, aujourd’hui conservée à la Phillips Collection de Washington, et elle capture à merveille cette gourmandise tranquille et cette nostalgie déjà présente dans l’instant même où on le vit.
L'élégance du pouvoir
Napoléon dans son cabinet de travail (1812) de Jacques-Louis David illustre bien un autre registre. Le tableau a été commandé par un admirateur écossais de l’Empereur, et David y a glissé plusieurs détails qui trahissent son souci du réalisme historique : la pendule affiche 4h13, l’heure où l’on suppose Napoléon en train de travailler après une nuit passée à rédiger le Code civil, une chandelle presque entièrement consumée en atteste, et son épée repose sur la chaise, comme délaissée au profit de la plume. L’Empereur y est debout, en uniforme, dans un cabinet rangé avec une précision toute militaire. Le choix de cette œuvre tient à son atmosphère fraîche et nocturne : la lumière blanche de la bougie et les tons bleu-gris de l’uniforme évoquent la menthe et la bergamote de la tête d’Eau des Princes, tandis que le silence studieux du cabinet rappelle la lavande et la sauge du cœur, des notes elles aussi associées à la concentration et à la retenue. Ce n’est pas un portrait de conquête, mais un portrait d’autorité tranquille, celle d’un homme qui n’a besoin d’aucune mise en scène pour imposer sa présence. C’est cette même assurance que porte Eau des Princes, avec sa fraîcheur mentholée et ses notes boisées d’ambrox, pensée pour « l’élégance des dandys, des hommes d’État, des princes et des têtes couronnées » du XIXe siècle.
Ce même prestige se retrouve sous une forme plus martiale dans L’Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant (1812) de Théodore Géricault. Le peintre n’avait alors que vingt et un ans, et cette toile, présentée au Salon de Paris la même année, marque littéralement ses débuts publics : elle est peinte d’un seul jet, en quelques semaines à peine, avec une fougue qui tranchait avec la peinture académique de l’époque. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas du portrait d’un officier réel mais d’une figure de composition, cheval cabré et sabre levé, pensée pour capturer l’énergie et l’instant plutôt qu’une ressemblance précise. Le rapprochement avec Cuir de Russie tient presque du détail littéral : les reflets chauds du cuivre et de l’or sur l’uniforme rappellent la mandarine et le miel de la tête, la fumée qui embrume l’arrière-plan du champ de bataille évoque l’oud fumé et la muscade du cœur, et le cuir de la selle et des bottes, omniprésent dans la toile, est la note de fond du parfum lui-même, épaulée par le santal et l’encens. Cuir de Russie porte cette même dualité, entre le cuir travaillé et des notes plus chaudes de cardamome et de santal, pour une élégance qui ne cherche jamais à être discrète.
Vers l’inconnu
L’œuvre qui incarne peut-être le mieux cette idée, un paysage qui porte à lui seul toute la promesse de l’inconnu, est Ulysse raillant Polyphème (1829) de J.M.W. Turner. Le tableau représente le navire d’Ulysse s’éloignant au petit matin après son évasion de l’île du cyclope, noyé dans une lumière solaire éblouissante, entre mer, brume et falaises embrasées. Le choix de cette toile se justifie note par note : les éclats de lumière rosée sur l’eau rappellent le poivre rose et la bergamote de la tête, le ciel embrasé de rouges et d’orangés évoque directement le girofle, la muscade et la cannelle du cœur, tandis que les falaises sombres qui encadrent la composition, presque menaçantes, font écho au cèdre, au bois de santal et au vétiver du fond, cette structure qui ancre le parfum une fois l’euphorie des épices retombée. Turner y fait du paysage lui-même le véritable sujet du tableau : le voyage, l’inconnu et le danger s’y lisent dans la lumière et les éléments bien plus que dans la scène elle-même. C’est l’une des œuvres les plus admirées de l’un des peintres paysagistes les plus célèbres de l’histoire de l’art, aujourd’hui conservée à la National Gallery de Londres, et elle capture cette même sensation de départ vers l’ailleurs que Un Parfum d’Aventure cherche à traduire, en hommage direct à l’expansion internationale de la maison et à sa rencontre avec de nombreuses cultures.
Ces associations restent un jeu, une invitation à regarder autrement une œuvre ou un parfum. Nous serions curieux de savoir quelles toiles vous, vous associeriez à chacune de nos créations : n’hésitez pas à nous partager vos propres correspondances à info@piver.com.
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