Le petit lexique du parfumeur, version L.T. Piver


Il existe déjà beaucoup de lexiques du parfum sur internet, souvent très complets, parfois un peu impersonnels. Plutôt que de vous en proposer un de plus, nous avons voulu faire autrement : vous expliquer ce vocabulaire à travers nos propres créations. Une façon de comprendre ces mots non pas dans l'abstrait, mais dans le flacon.

Par L.T.Piver

Le métier, de l'atelier au flacon

Le nez. C’est le surnom donné au parfumeur-créateur. Pompeia en est un bel exemple de collaboration : inspiré par les fouilles archéologiques de Pompéi, ce parfum est né de la rencontre entre Jacques Rouché, alors directeur artistique de la maison, et le chimiste Georges Darzens.

Le chimiste-parfumeur. À la croisée de la science et de la création, ce profil associe une formation en chimie à la sensibilité d’un nez. C’est ce double regard qui a permis à Georges Darzens de contribuer aux créations de L.T. Piver.

L’orgue à parfum. L’établi de travail du parfumeur, en forme de demi-cercle, pensé pour qu’il ait toutes ses matières premières à portée de main sans jamais avoir à se déplacer.

L’alambic. L’appareil traditionnellement utilisé pour la distillation des plantes et des fleurs.

La formule. La liste précise des ingrédients qui composent un parfum, avec leur dosage exact. La formule d’À la Reine des Fleurs, créée en 1774, a été préservée puis revisitée à l’identique près d’un siècle plus tard, en 1874, pour le centenaire de la maison.

L’Eau de Cologne. Une préparation alcoolique légère, entre 2 et 5 % de concentré. C’est la concentration historique de la maison, celle de la toute première création de 1774, et celle que l’on retrouve encore aujourd’hui dans notre collection de Colognes, élaborées selon notre procédé de maturation en tiroir.

L’Eau de Parfum. Une concentration plus riche, entre 10 et 20 %, pour une présence plus affirmée et une tenue plus longue. C’est la version dans laquelle se déploie pleinement la pyramide olfactive de chacune de nos sept créations, d’À la Reine des Fleurs à Pompeia.

 

Les matières premières et leur extraction

L’absolue. La forme la plus concentrée qu’une matière première puisse atteindre : quelques gouttes suffisent à porter tout le caractère d’une fleur ou d’une plante entière.

L’enfleurage. Une technique d’extraction ancienne, qui consiste à déposer des pétales de fleurs fraîches sur un corps gras capable d’absorber progressivement leur parfum. On y a longtemps eu recours pour des fleurs trop fragiles pour supporter la chaleur d’une distillation, comme le jasmin.

L’expression à froid. Une technique sans chauffage, qui consiste à presser à froid l’écorce ou le zeste d’un fruit. C’est elle qui permet d’obtenir la fraîcheur de bergamote qui ouvre Eau des Princes, épaulée par une pointe de menthe, pour un départ vif et net.

La macération, ou maturation. Le temps que l’on accorde au parfum pour qu’il se trouve lui-même : un concentré mis au repos, parfois pendant des mois, jusqu’à ce que ses différentes matières cessent de se contredire et trouvent leur équilibre. C’est exactement le principe de la maturation en tiroir, un savoir-faire ancestral que la maison applique encore aujourd’hui à l’ensemble de sa collection.

L’aldéhyde. Une famille de molécules de synthèse qui apporte une note métallique, chaude et légèrement vibrante, souvent utilisée pour donner du volume et du sillage à une composition. On la retrouve dès la note de tête de Rêve d’Or, associée au poivre rose et à l’orange, pour un départ étincelant à la hauteur de son nom.

Le soliflore. Un parfum construit presque exclusivement autour d’une seule fleur, mise en valeur sans artifice.

Toute la gamme parfumée

La famille olfactive. L’ensemble des parfums construits de manière similaire et partageant les mêmes notes dominantes. On en distingue traditionnellement sept : florale, boisée, chyprée, hespéridée, orientale ou cuirée. Notre collection en explore la plupart.

L’hespéridée. Une famille marquée par la fraîcheur des agrumes et des herbes. À la Reine des Fleurs en est l’expression la plus ancienne de la maison, avec sa verveine et sa fleur d’oranger en tête, héritées de la toute première création de 1774.

La florale. La famille qui regroupe les parfums dont le thème principal est une fleur. Héliotrope Blanc, construit autour de l’héliotrope, et Pompeia, porté par le jasmin en cœur, en sont deux interprétations bien différentes : l’une poudrée et enveloppante, l’autre fruitée et lumineuse.

La boisée. Une famille à dominante de cèdre, de santal ou de vétiver, que l’on retrouve en note de fond d’Un Parfum d’Aventure, venue ancrer les épices chaudes de sa note de cœur, girofle, muscade et cannelle.

L’orientale, ou ambrée. Une famille aux notes suaves, épicées et parfois animales. Rêve d’Or, déjà évoqué plus haut pour ses aldéhydes, s’y déploie pleinement en fond, entre musc, cèdre et ambre, pour un sillage aussi opulent que son nom le promet.

La chyprée. Une famille construite autour d’un contraste entre une note d’agrume en tête et un fond boisé, souvent patchouli. Pompeia en offre un écho intéressant, avec la fraîcheur de sa mandarine en tête répondant à la profondeur du patchouli et de l’ambre en fond.

La cuirée. Une famille de parfums puissants, souvent masculins, aux notes qui évoquent directement le cuir travaillé. Cuir de Russie en est notre interprétation la plus directe, avec sa note de fond signature : cuir, santal et encens.

De l'application au souvenir

La note de tête. La première impression olfactive perçue à l’application, la plus volatile. Chez À la Reine des Fleurs, c’est la verveine et la fleur d’oranger qui ouvrent le bal.

La note de cœur. Celle qui apparaît une fois les notes de tête évaporées. Dans Un Parfum d’Aventure, c’est le moment où le girofle, la muscade et la cannelle prennent le relais de la bergamote et du poivre rose.

La note de fond. La plus tenace, celle qui persiste le plus longtemps. Dans Cuir de Russie, c’est elle qui porte la signature du parfum : cuir, santal et encens, capables de tenir plusieurs heures après l’application.

Le fixateur. Une matière première, souvent boisée ou musquée, dont le rôle est de ralentir l’évaporation des autres composants. L’ambrox joue ce rôle dans Eau des Princes, tout comme la fève tonka dans Héliotrope Blanc ou le santal dans Cuir de Russie.

Le sillage. Ce qui reste dans une pièce, ou dans l’air d’une rue, longtemps après que la personne qui portait le parfum en est partie. Rêve d’Or, conçu pour briller intensément et témoigner de l’accomplissement des rêves, en est sans doute l’exemple le plus généreux de notre collection.

La mémoire olfactive. Cette étrange faculté qui fait qu’une odeur, plus que n’importe quelle image, peut ramener un souvenir précis en une fraction de seconde. C’est elle qui explique que tant de nos clients retrouvent, des décennies plus tard, le parfum croisé dans la coiffeuse d’une grand-mère, et redécouvrent la maison par ce chemin-là.

Le contretype. Un parfum pensé pour en rappeler un autre déjà connu, sans jamais en assumer la paternité. Un problème que la maison connaît depuis longtemps : dès le XIXᵉ siècle, Louis-Toussaint Piver mettait déjà en place des systèmes d’authentification pour protéger ses créations de ce genre d’imitation.

Envie de mettre ce vocabulaire en pratique ? Découvrez la pyramide olfactive de chacun de nos sept parfums, d’À la Reine des Fleurs à Pompeia.

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